📑 La différence entre compromis et promesse de vente : comprendre les deux piliers de la vente immobilière
Dans le parcours d’une vente immobilière, tout semble simple jusqu’à ce moment clé : la signature du compromis ou de la promesse de vente. Deux termes que l’on confond souvent, parfois même entre professionnels, et qui pourtant n’ont pas les mêmes implications juridiques.
Le compromis et la promesse de vente sont les deux avant-contrats qui précèdent la signature définitive chez le notaire. Tous deux matérialisent un accord, mais pas du même type, ni avec les mêmes obligations, ni les mêmes marges de manœuvre pour le vendeur et l’acheteur.
Cet article fait le point, en profondeur et sans jargon, sur ce que chaque formule implique — afin de vous aider à choisir la plus adaptée à votre situation.
🏡 1️⃣ L’avant-contrat : une étape cruciale
Avant d’entrer dans les différences, rappelons ce qu’est un avant-contrat. C’est un engagement écrit par lequel vendeur et acquéreur s’accordent sur :
- le prix du bien,
- sa description,
- les conditions suspensives (obtention de prêt, diagnostics, etc.),
- et la date prévisionnelle de signature de l’acte authentique.
Cet avant-contrat fige l’accord et sécurise la transaction avant le passage chez le notaire. Il permet aussi de débloquer le financement bancaire et d’initier les formalités de vente.
Mais selon que vous signez une promesse unilatérale ou un compromis synallagmatique, le niveau d’engagement — et donc de risque — varie fortement.
✍️ 2️⃣ La promesse de vente : un engagement à sens unique
🔹 Définition
La promesse de vente (ou promesse unilatérale de vente) est un contrat par lequel le vendeur s’engage à vendre son bien à un acheteur potentiel, à un prix déterminé, pendant une période donnée.
L’acheteur, lui, dispose d’une option : il peut choisir d’acheter ou non pendant ce délai. En résumé :
➤ Le vendeur est engagé, ➤ L’acheteur ne l’est pas encore.
Pendant la durée de validité de la promesse (souvent 2 à 3 mois), le vendeur ne peut plus vendre le bien à un autre acquéreur. En contrepartie, l’acheteur verse une indemnité d’immobilisation (généralement 5 à 10 % du prix du bien).
🔹 Le mécanisme de l’option
L’acheteur dispose d’un délai d’option pendant lequel il peut :
- lever l’option → il confirme l’achat et la vente devient définitive,
- ou laisser expirer le délai → la promesse devient caduque et le vendeur conserve l’indemnité.
Ce système protège l’acheteur, tout en indemnisant le vendeur pour la période pendant laquelle il a bloqué son bien.
🔹 Forme juridique
La promesse de vente doit être rédigée par un notaire (acte authentique) ou enregistrée auprès de la recette des impôts dans les 10 jours (article 1589-2 du Code civil). Sinon, elle est nulle.
⚖️ 3️⃣ Le compromis de vente : un accord réciproque et engageant
🔹 Définition
Le compromis de vente (ou promesse synallagmatique) est un contrat par lequel le vendeur et l’acheteur s’engagent mutuellement :
➤ Le vendeur promet de vendre, ➤ L’acheteur promet d’acheter.
Il y a donc engagement réciproque dès la signature. On dit souvent : « compromis vaut vente », car il scelle juridiquement la transaction.
L’un comme l’autre peuvent être contraints d’exécuter la vente ou d’indemniser la partie lésée en cas de désistement injustifié.
🔹 Conséquence
Une fois signé, le compromis a la même valeur qu’un acte définitif, sous réserve des conditions suspensives. Si toutes les conditions sont levées (par exemple, l’acheteur obtient son prêt), la vente doit être réalisée.
🔹 Dépôt de garantie
L’acheteur verse généralement un dépôt de garantie (5 à 10 % du prix), conservé sur le compte du notaire. Ce montant est restitué si la vente échoue pour une raison prévue au contrat (non-obtention de prêt, préemption, etc.).
📅 4️⃣ Le délai de rétractation de l’acquéreur
Depuis la loi SRU du 13 décembre 2000, tout acquéreur non professionnel bénéficie d’un délai de rétractation de 10 jours après la signature d’un avant-contrat (promesse ou compromis).
Durant ce délai :
- Il peut renoncer à l’achat sans justification,
- Et récupérer intégralement son dépôt ou son indemnité.
Ce droit protège les particuliers contre une décision trop rapide, notamment après une visite coup de cœur.
🕊️ Important : ce délai court à compter du lendemain de la première présentation du courrier notifiant le contrat (généralement en recommandé).
🧾 5️⃣ Conditions suspensives : le cœur du contrat
Les conditions suspensives sont des clauses qui doivent se réaliser pour que la vente devienne effective. Les plus courantes sont :
- l’obtention du prêt immobilier,
- l’absence de droit de préemption,
- la délivrance d’un permis de construire (dans le cas d’un terrain),
- ou encore la purge de tout recours.
Si ces conditions ne sont pas remplies dans les délais, la vente est annulée sans pénalité pour l’acheteur.
💡 Exemple : si l’acquéreur n’obtient pas son financement malgré ses démarches, il récupère son dépôt et la vente est caduque.
💡 7️⃣ Dans quel cas choisir l’un ou l’autre ?
🏠 Si vous êtes vendeur
- Vous préférez la promesse de vente si vous souhaitez accorder à l’acheteur un délai de réflexion, tout en gardant une indemnité en cas de désistement.
- Vous opterez pour le compromis si vous voulez sécuriser la vente rapidement — par exemple, si l’acquéreur a déjà son financement.
💰 Si vous êtes acheteur
- La promesse est plus confortable si vous avez besoin de temps pour finaliser votre financement.
- Le compromis convient mieux si vous êtes sûr de votre projet et souhaitez avancer vite sans bloquer inutilement le calendrier.
💬 Conseil d’expert : dans le cadre d’un marché tendu comme Paris, le compromis est souvent préféré. Il rassure le vendeur et évite les ventes “fantômes” qui n’aboutissent pas.
🏛️ 8️⃣ Promesse et compromis : quel rôle pour le notaire ?
Que vous signiez l’un ou l’autre, le notaire reste le garant de la sécurité juridique de la transaction. Son rôle est de :
- vérifier les titres de propriété,
- contrôler la conformité urbanistique,
- s’assurer de l’absence d’hypothèques ou de servitudes,
- et encadrer les fonds déposés.
La signature chez le notaire apporte une force probante supérieure à celle d’un acte sous seing privé.
⚖️ Bon à savoir : un compromis signé directement chez le notaire peut aussi accélérer la vente, car le professionnel a déjà réuni la plupart des pièces nécessaires à l’acte authentique.
💼 9️⃣ Exemple concret : la différence en pratique
Prenons deux scénarios identiques : un appartement parisien de 1,2 million d’euros dans le 7ᵉ arrondissement.
🧾 Cas n°1 : Promesse de vente
Le vendeur accorde une promesse de vente à un acheteur pour 3 mois, moyennant une indemnité de 6 % (soit 72 000 €). L’acheteur obtient son financement après 2 mois et lève l’option : la vente devient définitive.
S’il s’était rétracté, le vendeur aurait conservé l’indemnité pour compenser l’immobilisation de son bien.
🧾 Cas n°2 : Compromis de vente
Vendeur et acheteur signent un compromis avec les mêmes conditions suspensives. Dès la signature, les deux parties sont liées juridiquement. Si l’acheteur se retire sans motif légitime, le vendeur peut exiger l’exécution forcée de la vente ou garder le dépôt de garantie.
Résumé : la promesse donne un droit, le compromis crée une obligation.
🧠 10️⃣ Les erreurs à éviter
⚠️ 1. Penser que les deux actes sont équivalents
Ils répondent à des logiques différentes : la promesse est une possibilité, le compromis une décision.
⚠️ 2. Oublier d’enregistrer une promesse sous seing privé
Sans enregistrement à la recette des impôts dans les 10 jours, la promesse est nulle.
⚠️ 3. Négliger les conditions suspensives
Omettre de préciser le délai pour l’obtention du prêt ou le montant du financement peut créer des litiges ultérieurs.
⚠️ 4. Sous-estimer les délais
Le calendrier moyen entre avant-contrat et acte définitif est de 2 à 3 mois — parfois plus en copropriété (documents obligatoires à récupérer).
🏙️ 11️⃣ À Paris : des clauses parfois plus spécifiques
Dans un marché aussi dense que Paris, les notaires intègrent souvent des clauses supplémentaires dans les avant-contrats :
- clause de financement (montant, taux, durée),
- clause de préemption de la mairie,
- clause d’occupation (logement libre ou loué),
- clause de dépôt de garantie séquestré.
Les délais de signature sont aussi plus courts, car les acheteurs sont nombreux et les biens rares : la rapidité d’exécution devient un facteur de négociation.
🔍 12️⃣ En résumé
CritèrePromesse de venteCompromis de venteEngagementUnilatéral (vendeur seul)Bilatéral (vendeur + acheteur)Indemnité / dépôtIndemnité d’immobilisation (perdue si renoncement)Dépôt de garantie restitué si condition non remplieEnregistrementObligatoire (impôts ou notaire)Non obligatoire mais conseilléRisque pour vendeurImmobilisation sans certitudeEngagement fermeRisque pour acheteurPerte de l’indemnitéObligation d’achat sauf condition suspensiveIdéal pourAcheteur en phase d’étudeVente rapide et sécurisée
🏁 13️⃣ Conclusion : choisir selon votre stratégie
Il n’existe pas de “meilleur” choix entre compromis et promesse — tout dépend de votre position et de votre projet.
- Vous êtes vendeur et souhaitez bloquer un acheteur sérieux : le compromis vous offre plus de sécurité.
- Vous êtes acquéreur et avez encore besoin de finaliser votre financement : la promesse vous protège davantage.
Dans les deux cas, l’essentiel reste la clarté du contrat, la transparence des conditions et l’accompagnement d’un notaire ou agent expérimenté.
Parce qu’entre le compromis et la promesse, il n’y a pas qu’une différence juridique — il y a une différence de stratégie.